Le suicide postnatal apparaît désormais comme la principale cause de mortalité maternelle dans plusieurs pays européens, alors que les données belges montrent encore une détection insuffisante des décès tardifs. Le BAMM souligne que sa notoriété limitée auprès de nombreux médecins freine l’identification complète des cas et appelle à une vigilance accrue face aux troubles mentaux sévères en période périnatale.
Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), 260.000 femmes sont décédées en 2023 de complications liées à la grossesse. En Belgique, le nombre de cas de mort maternelle est recensé dans le cadre d'un programme appelé BAMM (Belgian Analysis System for Maternal Mortality). Opérationnel depuis 2021, cette initiative vise un enregistrement exhaustif et une analyse approfondie de chaque décès maternel survenu en Belgique. Entre 2021 et 2024, 48 décès maternels ont été signalés au BAMM, dont 31 ont déjà été entièrement analysés. Dans les rapports récents de plusieurs pays européens, notamment le Royaume-Uni, la France et les Pays-Bas, le suicide postnatal est identifié comme principale cause de mortalité maternelle.
Le rôle des médecins
Le BAMM est complémentaire au B.OSS (Belgian Obstetric Surveillance System), qui, depuis 2012, recense et étudie les complications graves et rares de la grossesse à travers un réseau de prestataires de soins présents dans chaque maternité belge. Depuis 2020, les projets BAMM et B.OSS sont financés par le SPF Santé publique. Depuis 2024, le financement a été élargi pour permettre l'engagement de deux coordinateurs à temps plein chargés des tâches opérationnelles quotidiennes. Le budget annuel s'élève actuellement à 191.736 euros, et le contrat en cours est valable jusqu'à fin 2026. Un rapport est établi tous les deux ans pour soutenir la reconduction du financement.
Appel aux médecins : la détection des décès tardifs reste insuffisante
Conformément à la classification OMS ICD-MM (International Classification of Diseases – Maternal Mortality), le suicide pendant la grossesse ou dans l'année suivant l'accouchement est considéré comme une cause directe de mortalité maternelle, à condition qu'un lien de causalité clair avec la grossesse ou la période postnatale soit établi.
Ces décès directs, souvent liés à des troubles mentaux graves tels que la dépression postnatale sévère, les troubles bipolaires ou les psychoses puerpérales, représentent une part importante mais encore sous-estimée de la mortalité maternelle.
« Des cas de suicide en période postnatale ont été signalés au BAMM. Toutefois, la détection des décès tardifs reste insuffisante, notamment en raison d'une notoriété encore limitée du BAMM auprès des médecins généralistes, psychiatres et autres professionnels de la santé non obstétriciens. Chaque décès maternel est un décès de trop et doit être une occasion d'apprentissage pour renforcer les systèmes de soins », précise le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, dans une réponse à la députée MR Julie Taton.
Ne pas sous-estimer les séquelles
La mortalité maternelle constitue en effet la pointe visible de l'iceberg d’un continuum de problèmes de santé maternelle. Pour chaque femme qui décède, environ cent survivent à une complication potentiellement mortelle grâce à des interventions vitales.
Pour le BAMM, une équipe pluridisciplinaire d'experts évalue le cas de manière anonyme au niveau national, en examinant les causes et les facteurs contributifs (liés à la patiente, techniques, organisationnels, humains). L'équipe pluridisciplinaire compte actuellement 44 experts seniors non rémunérés, désignés par les associations professionnelles : huit gynécologues, cinq sages-femmes, huit anesthésistes, trois psychiatres, trois cardiologues, trois infectiologues, trois hématologues, six intensivistes, cinq urgentistes.









Derniers commentaires
Francois Planchon
18 novembre 2025Il faudrait aussi que le corps médical rappelle aux pères et époux que la participation équitable aux tâches ménagères, aux soins aux enfants, reste une priorité, et en particulier en période post-natale (mais pas seulement..).
Lorsque tout le poids de l'organisation des ménages repose sur les femmes, il n'est pas étonnant que des burn-out arrivent trop fréquemment !
Les époux et les pères doivent se mettre en cause, et partager équitablement les tâches ménagères, le "pouponnage", l'éducation des enfants, la charge morale, les courses, les trajets école/loisirs etc...
Le soutien "moral" est indispensable, mais pas suffisant !
Et en période post-natale, ces prises en charge multiples sont à renforcer, le temps nécessaire à la récupération physique, équilibre hormonal inclus, et mentale de la maman.
Cela ne résoudra évidemment pas tous les risques, mais cela les diminuera beaucoup !
Pour réflexion...
Tatiana ROY
15 novembre 2025hypothese: les meres rentrent plus tôt qu'avant à domicile --> déjà moins entourées par leur famille qu'autrefois, elles se retrouvent aussi sans l'entourage des sage femmes pour les rassurer dans leurs compétences de mère (! les primipares!) et écouter leur éventuel désarroi ...