« 2,4 jours de DMS en maternité : nous avons anticipé, De Block pas du tout » (Dr Clotilde Lamy – HIS)

Mardi soir, la maternité d’Ixelles fêtait en grande pompe et en présence de nombreux politiques son inauguration après de nombreux mois de travaux. Clotilde Lamy, chef de Clinique en Obstétrique à la maternité d’Ixelles, en a profité pour expliquer comment ils étaient parvenus à se hisser parmi les premiers en termes de durée moyenne de séjour. « Nous avons anticipé. La ministre n’a rien anticipé », a-t-elle déclaré.

Avec une durée de moyenne de séjour de 2,4 jours en 2017 et alors qu’elle ne fait pas partie des projets-pilotes de Maggie De Block, la maternité d’Ixelles se situe clairement dans les meilleurs élèves de la classe à Bruxelles, et même au niveau national. Cela dit, tout ne s’est pas fait en un jour, comme le relate le Dr Lamy.

« Nous n’avons pas attendu les réformes. Cela fait plus de deux ans que nous travaillons sur ce projet. Il a mis du temps à se mettre en place. Si nous sommes parvenus à réduire nos durées de séjour, c’est principalement avec la volonté et l’engagement du personnel qui a joué le jeu », rapporte la gynécologue.

Anticipation et relais au domicile

 « D’un point de vue pratique et logistique, nous avons créé une consultation Bien Naître que nous proposons à partir de 24 semaines et qui est une consultation personnalisée d’une heure avec la sage-femme, pour toutes les patientes qui vont accoucher chez nous (y compris celles suivies par un gynécologue à l’extérieur), où nous insistons surtout sur l’anticipation et le relais une fois la patiente rentrée à domicile », explique Clotilde Lamy.

 « Comme pour beaucoup de choses, c’est quand on anticipe que c’est le mieux, car quand les dames viennent accoucher chez nous, elles savent très bien que si tout se passe bien, elles ne resteront que deux nuits à la maternité. C’est même presque entré dans les mœurs ! », poursuit la gynécologue.

Un bon partenariat avec les associations de sages-femmes du domicile est aussi essentiel pour qu’un tel projet soit possible. « Dès le départ, nous avons rencontré les associations de sages-femmes à domicile, nous leur avons expliqué notre philosophie et avons mis un modèle de collaboration en place où nous sommes tous les jours en contact avec elles et où nous avons donc un feed-back de ce qui se passe une fois que les patientes ont quitté l’hôpital ».

Aucune anticipation du politique

« Dans ces durées de séjour raccourcies, nous en voulons quand même à la ministre De Block car si nous avons anticipé, elle n’a rien anticipé. Devoir organiser tout ce suivi à domicile, cela demande une énergie, un temps et un travail monstrueux. Il faut une personne qui passe sa journée à faire les transmissions et les suivis avec les équipes du domicile. Et pour cela, Maggie De Block n’avait rien prévu ! », s’insurge le Dr Lamy.

La maternité d’Ixelles a maintenant créé le poste de « sage-femme en périnatalité » qui s’occupe de ces retours précoces. Mais ce n’est même pas encore suffisant. « Elle aurait encore besoin d’une assistante administrative », commente la gynécologue.

Tout dépend des conditions à domicile

Par ailleurs, si la chef de la maternité est bien d’accord qu’une maman en bonne santé est mieux chez elle qu’à l’hôpital, elle pointe toutefois des situations oµ un retour à domicile précoce pose problème. « Encore faut-il qu’à la maison, toutes les conditions soient réunies pour la maman et son bébé. A Bruxelles peut-être encore plus qu’ailleurs, il ne faut pas oublier les nombreuses familles éclatées, les familles monoparentales, la précarité financière,… Alors effectivement, ce n’est peut-être pas à l’hôpital de remplir des fonctions sociales, mais c’est comme si on allait mettre la poussière du tapis ailleurs… ».

En conclusion, la gynécologue estime que toute maternité est capable de s’organiser et de faire en sorte que tout se passe au mieux, même avec de courtes durées de séjour. « Cela demande beaucoup d’organisation, de préparation, beaucoup d’interventions des sages-femmes. Cela renforce l’importance de travailler en binôme gynécologue-sage-femme. Mais ce qui nous interpelle, c’est que c’est facile d’aller faire des économies sur la maternité, mais est-ce vraiment intelligent sur du long terme ? Non ! Est-ce qu’au contraire, il ne faudrait pas plutôt réinvestir la période de la maternité et de la petite enfance car c’est quand même là que tout commence… ».

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Derniers commentaires

  • Thierry Schurmans

    26 avril 2018

    Bravo Dr Clotilde Lamy, à vous et à toute l'équipe surtout. 200% d'accord avec votre conclusion, notamment.
    Je suppose que les pédiatres ont aussi participé à ce travail et je suis étonné qu'ils ne soient pas mentionnés.
    Au CHU Charleroi comme dans bien d'autres hôpitaux, nous n'avons pas attendu non plus la directive brutale et si peu réfléchie de la ministre pour avancer dans ce sens, mais avec des moyens financiers et humains limités.
    N'oublions pas que les complications de sortie précoce concernant le nouveau-né sont les déshydratations excessives précoces, les ictères nucléaires (dramatiques), les cardiopathies congénitales qui ne se manifestent qu'après quelques jours de vie, les maladies métaboliques (dépistage Guthrie et suivi des résultats), complications qui impliquent la responsabilité des pédiatres. Il faut aussi tenir compte des difficultés d'accès à l'hôpital pour des personnes sans voiture: venez essayer les transports en commun vers l'hôpital quand habitez une petite ville du Hainaut: bonne chance! Et les trajets à effectuer par les sage-femmes pour aller au domicile ne sont pas toujours évidents, et sont souvent coûteux car chronophage.
    Nos 3 projets du CHU Charleroi n'ont pas été retenus non plus, mais nous les avons néanmoins réalisés sur fonds propres (MERCI à nos dirigeants!!!): sorties très précoce de maternité, gîte de naissance intra-hospitalier co-gérer avec des sages-femmes indépendantes et nouvelle unité de néonatalogie non intensive avec chambres M+N* logeant aussi la mère et/ou le père dans la chambre du nouveau-né après la sortie de maternité de la mère sans supplément € autre qu'un simple accompagnant et qui permet aussi de réduire la durée des séjours de ces nouveau-nés à risque tout en améliorant la qualité de leurs soins.